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Plaza 24 de Septiembre, Santa Cruz de la Sierra, Bolivie

Santa Cruz de la Sierra (Bolivie) : ce que la ville cache derrière sa réputation de transit

  • AuteurOrbito
  • Publié
  • Lecture5 min

Santa Cruz de la Sierra surprend. On l'imagine plate, commerciale, simple escale avant La Paz ou Sucre. En réalité, c'est la ville la plus dynamique de Bolivie, la seule qui s'étale à 416 mètres d'altitude sans que l'altitude soit un problème. Pas de mal des montagnes, pas d'acclimatation forcée : on sort de l'avion et on respire normalement.

Ce qui frappe en premier, c'est l'urbanisme en anneaux concentriques, les anillos, qui structure la ville depuis le centre historique jusqu'aux quartiers résidentiels. Le premier anillo encercle la Plaza 24 de Septiembre, cœur colonial de la cité, et c'est depuis là que tout se déploie.

La Plaza 24 de Septiembre et le centre colonial

La place centrale de Santa Cruz est à taille humaine. La cathédrale métropolitaine, commencée au XVIIe siècle et remaniée plusieurs fois, donne sur une esplanade animée de vendeurs de jus de canne, de cireurs de chaussures et de retraités qui jouent aux dominos à l'ombre des palmiers.

Autour, quelques rues piétonnes concentrent les boutiques et les restaurants. Le Mercado Los Pozos, à dix minutes à pied, reste le marché le plus vivant pour déjeuner sur le pouce : un plat de riz, viande et salade coûte entre 15 et 25 bolivianos (2 à 3,50 euros).

Le Museo de Historia Natural Noel Kempff Mercado, près de la place, vaut une visite rapide. Gratuit, bien tenu, il donne une lecture de la biodiversité du département de Santa Cruz, l'une des plus riches du continent sud-américain.

La gastronomie : entre créole et tropical

La cuisine cruceña ne ressemble pas à celle des Andes. Pas de quinoa omniprésent, pas d'altiplano dans l'assiette. On mange ici du poisson d'eau douce (surubí, pacú), du majadito (riz au canard séché), du locro (soupe épaisse de maïs et viande). Le menu complet dans un restaurant de quartier tourne autour de 30 à 50 bolivianos (4 à 7 euros).

Les cafés du quartier Equipetrol, prisé par les expatriés et les Boliviens aisés, servent du café local en grain à des tarifs raisonnables (15 bolivianos le cortado). Plusieurs torréfacteurs artisanaux ont ouvert depuis 2019, signe d'une scène gastronomique qui monte.

Le soir, la ville mange tard. Les restaurants du centre ne se remplissent vraiment qu'à partir de 21h. Pour une expérience locale sans chichi, le secteur de l'Avenida Monseñor Rivero concentre les parrillas (grillades) les plus fréquentées, avec des viandes de haute qualité pour 40 à 80 bolivianos la portion.

Les Missions jésuites : le circuit incontournable

C'est probablement la meilleure raison de séjourner à Santa Cruz plutôt que de s'y arrêter en transit. La Route des Missions jésuites, classée au Patrimoine mondial de l'UNESCO, regroupe six villages fondés entre 1691 et 1760 : San Javier, Concepción, San Miguel, San Rafael, Santa Ana et San José de Chiquitos.

Les églises construites selon les plans du frère jésuite Martin Schmid sont parmi les plus intéressantes d'Amérique du Sud. Leur architecture baroque tropical, mêlant influences européennes et savoir-faire indigène chiquitano, contraste avec tout ce qu'on voit au Mexique ou au Pérou. Les villageois entretiennent encore leurs instruments de musique baroque et organisent tous les deux ans le Festival Internacional de Música Renacentista y Barroca.

Le circuit complet demande 4 à 6 jours. La Route est faisable en bus local (compter 4h jusqu'à San Javier), en véhicule loué (entre 80 et 120 USD la journée, 4x4 conseillé en saison des pluies) ou avec un guide depuis Santa Cruz. Certains voyageurs préfèrent le train jusqu'à San José de Chiquitos (départ de Santa Cruz, 12h environ, 50 à 120 bolivianos selon la classe) et remontent la route en sens inverse.

Le Pantanal bolivien : moins connu, moins fréquenté

La partie bolivienne du Pantanal est accessible depuis Santa Cruz, via Puerto Suárez et Puerto Quijarro à la frontière brésilienne. C'est une zone humide immense, partagée avec le Brésil et le Paraguay, dont la partie bolivienne reçoit une fraction des touristes qui se rendent côté brésilien.

La faune est sensiblement la même : caïmans, capybaras, cerfs des marais, jaguars (difficiles à observer), centaines d'espèces d'oiseaux. Les lodges boliviens sont moins développés qu'à Cuiabá, ce qui en fait un avantage si l'on cherche un accès plus brut à l'écosystème. Compter autour de 150 à 250 USD par nuit en lodge avec excursions incluses.

Le train Santa Cruz-Quijarro, surnommé affectueusement Tren de la Muerte en souvenir de sa construction difficile, est lui-même une expérience. Le trajet de nuit traverse des paysages forestiers peu accessibles autrement. Il existe en classe ferrobús (confortable) et en clase económica.

Quand venir et combien de temps rester

Le meilleur moment est la saison sèche, de mai à octobre. Les températures oscillent entre 18 et 30 degrés, les routes sont praticables, les pluies rares. Novembre à avril correspond à la saison humide : chaleur intense (jusqu'à 38 degrés), précipitations quotidiennes, certaines routes défoncées. La ville reste fonctionnelle, mais le confort est moindre pour rayonner vers les Missions ou le Pantanal.

Pour Santa Cruz seule, deux nuits suffisent à voir le centre, les marchés et faire une sortie en périphérie. Pour inclure les Missions jésuites, prévoir 6 à 8 jours. Pour combiner Missions et Pantanal, 10 jours minimum permettent de ne pas se sentir pressé.

Hébergement et budget

Santa Cruz dispose d'une gamme hôtelière plus large que Sucre ou Potosí. Les hôtels boutique du centre historique proposent des chambres doubles entre 60 et 120 USD. Les hostels en colocation descendent à 12 à 20 USD la nuit. L'offre intermédiaire (40 à 60 USD en chambre privée) est bien développée pour une ville de cette taille en Bolivie.

Un budget quotidien de 40 à 60 USD couvre repas, hébergement correct et déplacements urbains. Les excursions vers les Missions ou le Pantanal s'ajoutent à part et demandent un budget séparé selon le niveau de confort choisi.

Pratique

L'aéroport Viru Viru est à 15 km du centre. Les taxis officiels depuis le terminal international facturent 80 à 100 bolivianos (11 à 14 euros). Les applications de taxi (Cabify, InDriver) permettent de comparer les prix avant de monter.

Le boliviano (BOB) est la monnaie locale. Les distributeurs acceptent les cartes Visa et Mastercard mais les retraits peuvent être limités à 1 500 bolivianos (environ 210 euros) par opération. Avoir des espèces est utile dans les marchés et les restaurants de quartier.

Santa Cruz ne figure pas encore dans les itinéraires standards des agences. C'est précisément pour cette raison qu'elle mérite d'être incluse.




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